Le Montréal-Matin (L'Ilustration) 1930-1978

Le Montréal-Matin est d'abord publié sous le titre L'Illustration, dont le premier numéro paraît le 4 juillet 1930. L'Illustration fut le premier tabloïd du Québec. De sa fondation jusqu'en 1941, le journal est imprimé sur du papier rose. Dès le début, la photographie et les illustrations y occupent une place de choix.


De L'illustration au Montréal Matin (1930-1947)

Le journal L'Illustration est fondé par le journaliste Fernand Dansereau (rien à voir avec le scénariste des Filles de Caleb!) et Eugène Berthiaume. Fils de Trefflé Berthiaume, ce dernier a été écarté de la gestion du journal La Presse suite à la mort de son père. Le journal obtient aussi un soutien financier du Parti Conservateur. D'ailleurs, dans les premières années,  L'Illustration sert le combat de Camillien Houde contre le gouvernement Tachereau. Le politicien prend plus ou moins le contrôle financier et éditorial du journal entre l'automne 1930 et l'hiver 1933. Puis, le journal devient favorable aux idées de L'Union nationale et se son chef Maurice Duplessis. 

BAnQ
Suite à des difficultés financières, le journal devient L'Illustration Nouvelle en février 1936. Cette même année, un certain Andrien Arcand est embauché comme rédacteur en chef. Il restera au journal jusqu'en 1939 et en sera même actionnaire minoritaire. Son patron, Eugène Berthiaume, l'encourage dans ses prises de positions contre le communisme et en faveur de la montée des gouvernements fascistes en Europe, mais le freine dans ses élans antisémites, notamment pour ne pas se mettre des annonceurs à dos.

En 1941, la compagnie qui possède officiellement le journal, la Fédération des Journalistes canadiens, a un nouveau Président ,Jacques-Narcisse Cartier. qui en devient aussi le directeur. C'est ce dernier, qui choisit de le relancer la feuille sous le nom de Montréal-Matin. C'est aussi lui qui embauche le jeune journaliste sportif Jacques Beauchamp, qui n'a que 17 ans à son entrée au journal en 1944. 


Le journal de l'Union Nationale (1947-1972)

En 1947, le  Montréal-Matin est acheté par les Éditions Laviolette, qui sont en fait une propriété de l’Union Nationale. Les titres de propriété la compagnie seront remis de chef en chef, de Maurice Duplessis à Gabriel Loubié. 

Comme le souligne Mathieu Noël dans sa thèse parue en 2014, le journal montrait ses couleurs en période électorale, ou lors de d'événements majeurs, comme la grève d'Asbestos. Mais de manière générale, le Montréal-Matin demeurait un journal populaire dont l'objectif était surtout d'obtenir un grand tirage. Car encore plus qu'une tribune, le Montréal-Matin fut une source de revenus pour l'Union Nationale. 

C'est pourquoi le journal accordait une large place dans ses pages aux nouvelles locales, aux faits divers et aux nouvelles sportives. Ces dernières deviendront vraiment la grande spécialité du journal, au point d'occuper jusqu'à la moitié de ses pages à certaines époques. Le Montréal-Matin innove en mettant de l'avant non seulement les résultats des différentes équipes, mais aussi la chronique sportive.  

Collection Sébastien Desrosiers
Selon Beaulieu et Hamelin, le Montréal-Matin fait dans les années 1960 des profits annuels de 400 000 dollars, malgré l'apparition du Journal de Montréal en 1964, qui présente le même type de contenu et qui viendra même lui prendre son chroniqueur sportif vedette et directeur des pages sportives, Jacques Beauchamp en 1969.

Après la défaite de Jean-Jacques Bertrand en 1970, l'indépendance du journal devient un sujet de mécontentement au sein du parti. On décide alors de vendre le Montréal-Matin. Un groupe d'hommes d'affaires unionistes ayant à leur tête Réjent Desjardins s'en porte acquéreur en 1972. Ils se retrouvent rapidement en difficulté financière. 


Déclin et fermeture (1972-1978)

En août 1973, le Montréal-Matin est acheté par La Presse, dans une tentative de contrer la popularité grandissante du Journal de Montréal. On découvre alors que la nouvelle acquisition est au bord de la faillite. En plus de divers investissements pour relancer le journal, on décide de fusionner plusieurs secteurs des deux journaux, dont l'imprimerie. En 1976, on déménage la salle de rédaction du Montréal-Matin dans l'édifice de la rue Saint-Jacques. Les dernières années du journal seront marquées par une perte d'autonomie du Montréal-Matin face aux cadres de La Presse


Les pertes financières et les baisses de tirages occasionnées par la grève des employés de La Presse, d'octobre 1977 à mai 1978, mènent à la fermeture du Montréal-Matin en décembre de cette même année.


Parmi les journalistes qui sont passés par le Montréal-Matin, on compte Claude Poirier, Yvon Pedneault, Claude Picher. Jean-Pierre Charbonneau, Louise Cousineau et Pierre Foglia. Au milieu des années 1970, Marc Laurendeau en était l'éditorialiste en chef. 

Principales sources:
André Beaulieu et Jean Hamelin,  La presse québécoise des origines à nos jours.

Mathieu Noël, Le Montréal-Matin (1930-1978). Un journal d'information populaire, Thèse de doctorat de l'Université du Québec disponible ici. (Je vous la recommande chaudement si vous souhaitez en apprendre davantage sur l'histoire de ce journal).
 

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