dimanche 12 novembre 2017

La Presse: 1884-2017 (?)

Le journal La Presse est fondé en 1884 par William-Edmond Blumhart. Il s’agit alors du journal d'une faction de Conservateurs qui soutient  Joseph-Adolphe Chapleau, alors en conflit avec un autre membre du cabinet  de John A. MacDonald, Hector-Louis Langevin. Blumhart fonde tout d’abord un journal nommé Le Nouveau Monde, afin de concurrencer le journal de ses adversaires, Le Monde. Mais sous la menace d’injonctions et de poursuites, il décide de fonder un nouveau journal qui paraît pour la première fois le 20 octobre, La Presse.

BAnQ via Wikipédia
En 1889, Trefflé Berthiaume prend le contrôle du journal et il en devient officiellement propriétaire en 1894. La Presse supporte alors plus ou moins ouvertement les libéraux de Laurier. En 1904, Trefflé Berthiaume vend son journal au conservateur David Russell. Mais  grâce à l'intervention de Wilfrid Laurier, il rachète a son journal en 1906, le ramenant ainsi dans le giron libéral.

Trefflé Berthiaume meurt en 1913. Malgré de nombreuses querelles de succession, La Presse demeurera entre les mains de la famille Berthiaume-Du Tremblay jusqu'en 1967. Le journal est alors acheté par Trans-Canada propriété de Power Corporation. À partir de 1968, tous les journaux de la compagnie de Paul Desmarais sont regroupés dans la nouvelle filiale Gesca.


Premier média de masse francophone

La Presse (avec le Montreal Star du côté anglophone), sera au tournant du 20e siècle l'exemple le plus frappant du passage de la presse d'opinion à la presse d'information, alors que le contenu du journal et sa présentation changent radicalement, On peut facilement le constater en comparant la une du journal en 1884 et en 1912.

La presse québécoise de 1884 à 1914: genèse d'un média de masse, p. 208

La presse québécoise de 1884 à 1914: genèse d'un média de masse, p. 208


La nouvelle occupe désormais une place de choix au détriment du commentaire politique et l'illustration et les grands titres changent l'apparence du journal. Le contenu est diversifié, de nouvelles pages sont créées afin de rejoindre tous les membres de la famille. On obtient ainsi un lectorat plus nombreux et varié, ce qui permet de remplacer le financement traditionnel, qui provenait principalement de partis politiques et d’abonnements coûteux, par les revenus publicitaires. Cela permet de baisser le coût de la copie, ce qui favorise aussi une hausse du lectorat. On qualifie La Presse et Le Montreal Star de premiers médias de masse du Québec. La Presse connut notamment un grand succès dans les milieux ouvriers grâce aux chroniques de Jules Helbronner, qu'il signait Jean-Baptiste Gagnepetit et où il prenait  la défense des travailleurs et des locataires.

Conflits de travail

Plusieurs conflits de travail vont marquer l'histoire de La Presse. Suite à la grève de 1958, on introduit la signature des articles, ce qui ouvre une nouvelle ère de vedettariat dans le monde des journalistes. La grève de 1964, qui se transforme en lock-out de sept mois, sera marquée par l'apparition d'un concurrent redoutable, Le Journal de Montréal. Un autre lock-out, entre 1971 et 1972, fera perdre des lecteurs au profit du Journal de Montréal et du Montréal-Matin. Les difficultés financières apportées par une nouvelle grève en d'octobre 1977 à avril 1978 entraînera la fermeture du Montréal-Matin et de La Patrie, des journaux que La Presse avait acquis dans le but de mieux concurrencer le Journal de Montréal.

Virage technologique

Le premier édifice de La Presse rue St-Jacques, occupé à partir de 1900.
 Par Jeangagnon via Wikimedia Commons 
Depuis quelques années, La Presse est à nouveau au cœur de grandes transformations dans le monde des médias écrits, ayant été le premier journal québécois à créer une application tablette La Presse + est apparue en avril 2013. L’édition papier du quotidien est supprimée à la fin de l’année 2015 et la disparition complète du papier est prévue pour la fin de l’année 2017 avec la suppression de l'édition papier de La Presse du samedi.

Ce qui amène une question sémantique pour l’auteure de ce blogue sur l’histoire des journaux. Le média La Presse existera toujours, mais parle-t-on encore de journal? D'ailleurs, quand il n'y aura plus de version papier, est qu'on continuera à préciser «La Presse +» ou si on revendra simplement au nom La Presse? À suivre...

Principales sources:

  • André Beaulieu et Jean Hamelin:  La presse québécoise des origines à nos jours.
  • Jean de Bonville: La presse québécoise de 1884 à 1914: genèse d'un média de masse
  • Dictionnaire biographique du Canada
  • BAnQ (ressources numériques, périodiques)


mardi 3 janvier 2017

Le Montréal-Matin (L'Ilustration) 1930-1978

Le Montréal-Matin est d'abord publié sous le titre L'Illustration, dont le premier numéro paraît le 4 juillet 1930. L'Illustration fut le premier tabloïd du Québec. De sa fondation jusqu'en 1941, le journal est imprimé sur du papier rose. Dès le début, la photographie et les illustrations y occupent une place de choix.


De L'illustration au Montréal Matin (1930-1947)

Le journal L'Illustration est fondé par le journaliste Fernand Dansereau (rien à voir avec le scénariste des Filles de Caleb!) et Eugène Berthiaume. Fils de Trefflé Berthiaume, ce dernier a été écarté de la gestion du journal La Presse suite à la mort de son père. Le journal obtient aussi un soutien financier du Parti Conservateur. D'ailleurs, dans les premières années,  L'Illustration sert le combat de Camillien Houde contre le gouvernement Tachereau. Le politicien prend plus ou moins le contrôle financier et éditorial du journal entre l'automne 1930 et l'hiver 1933. Puis, le journal devient favorable aux idées de L'Union nationale et se son chef Maurice Duplessis. 

BAnQ
Suite à des difficultés financières, le journal devient L'Illustration Nouvelle en février 1936. Cette même année, un certain Andrien Arcand est embauché comme rédacteur en chef. Il restera au journal jusqu'en 1939 et en sera même actionnaire minoritaire. Son patron, Eugène Berthiaume, l'encourage dans ses prises de positions contre le communisme et en faveur de la montée des gouvernements fascistes en Europe, mais le freine dans ses élans antisémites, notamment pour ne pas se mettre des annonceurs à dos.

En 1941, la compagnie qui possède officiellement le journal, la Fédération des Journalistes canadiens, a un nouveau Président ,Jacques-Narcisse Cartier. qui en devient aussi le directeur. C'est ce dernier, qui choisit de le relancer la feuille sous le nom de Montréal-Matin. C'est aussi lui qui embauche le jeune journaliste sportif Jacques Beauchamp, qui n'a que 17 ans à son entrée au journal en 1944. 


Le journal de l'Union Nationale (1947-1972)

En 1947, le  Montréal-Matin est acheté par les Éditions Laviolette, qui sont en fait une propriété de l’Union Nationale. Les titres de propriété la compagnie seront remis de chef en chef, de Maurice Duplessis à Gabriel Loubié. 

Comme le souligne Mathieu Noël dans sa thèse parue en 2014, le journal montrait ses couleurs en période électorale, ou lors de d'événements majeurs, comme la grève d'Asbestos. Mais de manière générale, le Montréal-Matin demeurait un journal populaire dont l'objectif était surtout d'obtenir un grand tirage. Car encore plus qu'une tribune, le Montréal-Matin fut une source de revenus pour l'Union Nationale. 

C'est pourquoi le journal accordait une large place dans ses pages aux nouvelles locales, aux faits divers et aux nouvelles sportives. Ces dernières deviendront vraiment la grande spécialité du journal, au point d'occuper jusqu'à la moitié de ses pages à certaines époques. Le Montréal-Matin innove en mettant de l'avant non seulement les résultats des différentes équipes, mais aussi la chronique sportive.  

Collection Sébastien Desrosiers
Selon Beaulieu et Hamelin, le Montréal-Matin fait dans les années 1960 des profits annuels de 400 000 dollars, malgré l'apparition du Journal de Montréal en 1964, qui présente le même type de contenu et qui viendra même lui prendre son chroniqueur sportif vedette et directeur des pages sportives, Jacques Beauchamp en 1969.

Après la défaite de Jean-Jacques Bertrand en 1970, l'indépendance du journal devient un sujet de mécontentement au sein du parti. On décide alors de vendre le Montréal-Matin. Un groupe d'hommes d'affaires unionistes ayant à leur tête Réjent Desjardins s'en porte acquéreur en 1972. Ils se retrouvent rapidement en difficulté financière. 


Déclin et fermeture (1972-1978)

En août 1973, le Montréal-Matin est acheté par La Presse, dans une tentative de contrer la popularité grandissante du Journal de Montréal. On découvre alors que la nouvelle acquisition est au bord de la faillite. En plus de divers investissements pour relancer le journal, on décide de fusionner plusieurs secteurs des deux journaux, dont l'imprimerie. En 1976, on déménage la salle de rédaction du Montréal-Matin dans l'édifice de la rue Saint-Jacques. Les dernières années du journal seront marquées par une perte d'autonomie du Montréal-Matin face aux cadres de La Presse


Les pertes financières et les baisses de tirages occasionnées par la grève des employés de La Presse, d'octobre 1977 à mai 1978, mènent à la fermeture du Montréal-Matin en décembre de cette même année.


Parmi les journalistes qui sont passés par le Montréal-Matin, on compte Claude Poirier, Yvon Pedneault, Claude Picher. Jean-Pierre Charbonneau, Louise Cousineau et Pierre Foglia. Au milieu des années 1970, Marc Laurendeau en était l'éditorialiste en chef. 

Principales sources:
André Beaulieu et Jean Hamelin,  La presse québécoise des origines à nos jours.

Mathieu Noël, Le Montréal-Matin (1930-1978). Un journal d'information populaire, Thèse de doctorat de l'Université du Québec disponible ici. (Je vous la recommande chaudement si vous souhaitez en apprendre davantage sur l'histoire de ce journal).
 

vendredi 16 décembre 2016

L'Avenir et Le Pays: Les journaux des Rouges

Antoine-Aimé Dorion, chef du Parti Rouge
Les Rouges

Avant de faire l'histoire des deux principaux journaux qui ont  servi de tribune à leurs idées et combats, il me paraît essentiel de décrire ce groupe idéologique et politique que furent Les Rouges. Pour ce faire, utilisons tout simplement les mots d'un grand historien, Jean-Paul Bernard, qui débute ainsi l'introduction de son ouvrage sur le sujet paru en 1971: «Dans l'histoire du Canada, on désigne généralement sous le nom de Rouges les libéraux doctrinaires et anticléricaux de l'époque de l'Institut canadien, de même que les héritiers, au milieu du XIXe siècle, du radicalisme des Patriotes.» Toujours selon Jean-Paul Bernard, Le «rougisme» est à situer dans la période 1847-1867, puisque par la suite on verra une déradicalisation du mouvement, qui mènera à la «création» du Parti libéral de Laurier.

Les Rouges, influencés par les révolutions libérales qui se déroulent en Europe à cette époque, font la promotion du républicanisme, du suffrage universel et de la séparation des intérêts de l'Église et de l'État. L'idée qui nous qui nous semble peut-être la plus surprenante aujourd'hui est leur promotion de l'annexion du Bas-Canada aux États-Unis. Les Rouges considèrent que les Canadiens français auraient une meilleure chance de s'épanouir dans cette république qu'au sein de l'Union de 1840 et de l'Empire britannique. On est alors convaincu que la langue la foi y seraient respectées.

Le lieu de ralliement des Rouges est l'Institut canadien de Montréal, où se tiennent des conférences et débats et où l'on trouve une bibliothèque comprenant de nombreux ouvrages interdits par l'Église.


L'Avenir (1847-1857)

J.B.É. Dorion
En 1847, Jean-Baptiste-Éric Dorion et George Batchelor fondent le journal Le Sauvage, dont le premier numéro paraît le 24 juin et le second le 3 juillet. Le journal est ensuite rebaptisé L'Avenir, alors que Batchelor en devient l'unique propriétaire et que Dorion en est le rédacteur en chef.

Parmi ses plumes les plus marquantes on compte Jean-Baptiste-Éric Dorion, dit «l’enfant terrible», Louis-Antoine Dessaulles, neveu de Papineau inspiré par Félicité de Lamennais,  l'avocat Joseph Doutre, qui s'illustrera dans l'Affaire Guibord, ainsi que Charles Laberge. On y écrit par ailleurs régulièrement sous des pseudonymes, ce qui est courant dans les journaux de l'époque. 

L.A. Dessaulles
C'est à partir de novembre 1847, que L'Avenir devient plus virulent et s'engage dans un combat d'idées avec les journaux conservateurs et ultramontains. Il s'en prendra notamment régulièrement aux Mélanges Religieux, porte-parole officieux de l'évêché montréalais.  La plupart des collaborateurs de L'Avenir sont des membres de l'Institut canadien de Montréal, qui se détachent des idées du Réformiste Lafontaine pour soutenir celles de Papineau, de retour au pays depuis 1845. Le journal demande notamment  le rappel de l'Union. 

Lorsque L'Avenir publie en août 1848 ce qu'on appellera le manifeste des Rouges, il devient l'organe officiel du Parti Rouge, pendant politique du mouvement. À partir du printemps 1849, l'anticléricalisme est de plus en plus présent. On commence aussi à parler d'annexion aux États-Unis. L'Avenir prône aussi l'abolition du régime seigneurial, ce qui le place alors en désaccord avec Papineau et Dessaulles qui sont tous deux seigneurs. 

La publication de L'Avenir connaîtra diverses interruptions causées par des difficultés financières, entre autres suite à un incendie qui détruit ses installations en 1850.

L'Avenir eu pour sous-titres au fil du temps:
  • Journal publié dans les intérêts populaires 
  • Journal publié dans les intérêts de la jeunesse
  • Journal publié dans les intérêts de la jeunesse et du commerce
  • Journal républicain publié dans les intérêts populaires 

Le Pays (1852-1871) 

Le premier numéro du journal Le Pays paraît le 15 janvier 1852. Le journal L'Avenir connaît alors des difficultés financières et  Jean-Baptiste-Éric Dorion doit en suspendre la publication. Le Pays est fondé par l'imprimeur Jacques-Alexis Plinguet et le libraire Édouard-Raymond Fabre.  Ses premiers rédacteurs sont Louis Labrèche-Viger et Louis-Antoine Dessaulles. Napoléon Aubin et Arthur Buies seront d'autres figures marquantes de ce journal de combat. 

Comme L'Avenir, Le Pays prône l'annexion aux États-Unis, en plus de combattre le projet de Confédération. Son idéal politique reste la république. On souhaite aussi la séparation du spirituel et du temporel. Ses positions le mènent à s'engager dans de virulentes guerres de plume avec les journaux conservateurs ou religieux de l'époque, comme La Minerve, Le Journal de Québec, Le Nouveau Monde et L'Ordre. Les artisans du Pays s'intéressent aussi au commerce et à l'industrie, des sujets qu'ils jugent négligés par les autres journaux francophones. 

Peu après la Confédération, les départs de Aubin et Dessaulles marquent le début d'un déclin. Selon les historiens André Beaulieu et Jean Hamelin, Le Pays cesse d'être le «farouche combattant que l'on avait connu». 

Principales sources:



Jean-Paul Bernard, Les Rouges. Libéralisme, nationalisme et anticléricalisme au milieu du XIXe siècle , Les Presses de l’Université du Québec, 1971.


Jean-Paul Montminy, « L’Avenir, 1847-1852 », dans Fernand Dumont, Jean-Paul Montigny et Jean Hamelin, Idéologies au Canada français, 1850-1900, Québec : Les Presses de l’Université Laval, 1971.

André Beaulieu et Jean Hamelin, La presse québécoise des origines à nos jours, Presses de l'Université Laval.
 


lundi 10 octobre 2016

La Minerve: patriote, modérée, conservatrice

La Minerve en 1826. BAnQ
Le journal La Minerve est fondé à Montréal par Augustin-Norbert Morin, un étudiant de 23 ans. Son objectif est de remplacer Le Canadien pour défendre les idées du parti patriote. Un prospectus est lancé le 14 octobre 1826 et le premier numéro est publié le 9 novembre suivant. Morin est alors le directeur politique du journal, tandis que John Jones en est l'imprimeur. La Minerve utilise les presses de l'imprimerie de Dominique Bernard, propriétaire du Canadian Spectator, journal patriote de langue anglaise.  Le journal connait rapidement des difficultés financières et le 27 novembre, on en suspend déjà l'impression. Il avait alors quelques 240 abonnés. 


Duvernay par Notman. Musée McCord

Ludger Duvernay achète La Minerve le 18 janvier 1827. Morin en demeure le rédacteur et le directeur politique et Duvernay participe à la direction et imprime le journal. On profite de la relance, le 12 février, pour recommencer la tomaison, comme s'il s'agissait d'une nouvelle feuille.

Ludger Duvernay, qui sera un des fondateurs de la Société Saint-Jean-Baptiste, fait de La Minerve la voix du mouvement patriote et l'un des journaux les plus lus de cette époque. Le journal peut compter en 1832 sur environ 1300 abonnés, et est régulièrement cité sur la place publique et au parlement. On trouve parmi ses collaborateurs Denis-Benjamin Viger, Louis-Hippolyte La Fontaine et Louis-Joseph Papineau, bien que les articles de soient pas signés et que le directeur assume toutes les conséquences du contenu publié. 
 
Le Duvernay de cette époque est fougueux et n'hésite pas à interpeller personnellement ses ennemis politiques. En plus de démêlés avec la justice, cette impétuosité le mènera jusqu'au duel en 1936, contre Clément-Charles Sabrevois de Bleury, cofondateur du journal Le Populaire et député de Richelieu.

La Minerve en 1835. BAnQ
Ludger Duvernay est arrêté une première fois pour diffamation en 1828. En 1833, le clergé appelle au boycott de La Minerve. Duvernay est emprisonné une seconde fois en 1832 pour libelle diffamatoire, en compagnie de Daniel Tracey, rédacteur du Vindicator. En septembre 1836 il fait un autre séjour en prison pour outrage au tribunal.  En novembre 1837, le gouverneur Gosford émet des mandats d’arrestation contre 26 leaders patriotes, dont Duvernay. ce dernier s'enfuit aux États-Unis et un seul numéro de La Minerve paraîtra après son départ. 




Retour d'exil: de modéré à conservateur

Ludger Duvernay revient d'exil en 1842. Il ressuscite son journal à l'invitation du modéré Louis-Hyppolite Lafontaine, qui a besoin d'un organe de presse pour soutenir son Parti réformiste, qui revendique notamment la responsabilité ministérielle. Le journal deviendra l'adversaire des idées plus radicales des Rouges, exprimées dans les journaux L'Avenir et Le Pays.

À partir de 1854, La Minerve et son propriétaire défendent l'Alliance libérale-conservatrice de George-Étienne Cartier et de John A. Macdonald qui remplace les Réformistes à la tête du Canada-Uni.

L'après Duvernay: Confédération et conservatisme


Ludger Duvernay meurt en 1858 et La Minerve devient la propriété de Duvernay et Frères (Napoléon et Denis). En 1879, ils vendent à Clément-Arthur Dansereau, copropriétaire depuis 1870. Dansereau revend le journal pour la somme de 38 000 dollars à la Compagnie d'imprimerie de La Minerve, organisée par l'homme politique Joseph-Charles Taché.

La Minerve en 1895. BAnQ
À partir de 1889 les propriétaires se succèdent:
1889: Trefflé Berthiaume
1891: Sénécal, Poitras et Cie.
1892: Eusèbe Sénécal 
1898: Compagnie du journal Le Monde
Après une suspension en 1897 en raison de difficultés financières, le journal est brièvement relancé en 1898. Mais ce journal d'opinion est incapable de s'adapter aux nouvelles boulversements que vit la presse écrite et subit le contrecoup de l'arrivée au pouvoir des Libéraux de Laurier. La Minerve ferme définitivement ses portes le 27 mai 1899.

Malgré tous ces changements de propriétés, La Minerve est demeurée fidèle aux Conservateurs, soutenant les idées de George-Étienne Cartier puis de Joseph-Adolphe Chapleau. Elle a défendu le projet de Confédération, les chemins de fer et le protectionnisme. 

Principales sources:
  • André Beaulieu et Jean Hamelin, La presse québécoise des origines à nos jours.
  • Collection numérique de BAnQ.
  • Le dictionnaire biographique du Canada.
  • L’encyclopédie canadienne.




 

dimanche 27 septembre 2015

Le Franco-Canadien / Le Canada Français

BAnQ
Le journal Le Franco-Canadien est fondé en 1860 par deux notaires, Valfroy Vincelette et Félix-Gabriel Marchand. Leur but est de créer un organe libéral pour la région de Saint-Jean et Iberville. Pierre Cérat et Isaac Bourguignon en sont les imprimeurs-propriétaires. Le journal est alors bi-hebdomadaire  et parait les mardis et les vendredis.

Son premier rédacteur est Charles Laberge, qui sera peu après remplacé par Félix-Gabriel Marchand. Le journal s’oppose alors au projet de Confédération. Marchand sera élu comme député de Saint-Jean en 1867 et il sera Premier Ministre du Québec de 1897 jusqu'à son décès en 1900.

En 1876, un incendie détruit les locaux du journal et une partie de la ville de Saint-Jean. Avec de nouvelles installations, on augmente le format du journal et on incorpore les illustrations.

BAnQ
En 1893, des difficultés financières amènent Isaac Bourguignon à vendre Le Franco-Canadien à Damien Rolland, un conservateur. Le journal passe donc dans le camp adverse. Or,  un acte notarié signé en 1887 stipulait que Le Franco-Canadien devait revenir à Félix-Gabriel Marchand si Bourguignon cessait de le publier.  L’affaire sera portée devant les tribunaux. En attendant, afin de défendre ses idées et de dénoncer l'imposture de son ancienne feuille, Marchand fonde Le Canada Français en 1893.

En 1995,  il obtient gains de cause, ce qui mène à la fusion des deux journaux.  Jusqu'en 1964, Le Canada Français aura pour sous-titre Le Franco-Canadien.  Familièrement, les gens l’appelleront «le Canada».

En 1909 Gabriel Marchand, le fils de Félix-Gabriel, vend le journal à à la compagnie «Le Canada Français Limitée», propriété d’un avocat de Montréal. Arsène Béssette en dévient le rédacteur en chef. En 1918, Louis-Omer Perrier en devient le directeur général et il achètera la publication deux ans plus tard. Bien que libéral, il fait du Canada français un journal à vocation régionale, où les nouvelles locales dominent.

Le journal sera l’un des rares médias québécois à prendre position pour le Oui au référendum de 1980. Il est alors dirigé par Yves Gagnon. Le groupe de presse «Le groupe Canada Français» est fondé en 1992 et réunit cinq hebdomadaires gratuits en Montérégie, en plus du journal original. En août 2011, Médias Transcontinental acquiert «Groupe Le Canada Français».

Principales sources:
- Collection numérique, BAnQ.
- Page Facebook du journal Le Canada Français, section «jalons».
- André Beaulieu et Jean Hamelin, La presse québécoise des origines à nos jours.

jeudi 6 août 2015

La Patrie, 1879-1978

La Patrie en 1879, BAnQ
Le journal La Patrie est fondé à Montréal en février 1879 par Honoré Beaugrand, qui en est le propriétaire et le directeur.  Nouvel organe libéral pour la région montréalaise, La Patrie prend le relais du journal Le National. Beaugrand en assure alors la rédaction an compagnie d'Ernest Tremblay.

De 1885 à 1887, Honoré Beaugrand est aussi maire de Montréal. En 1891, La Patrie innove avec la première page féminine dans un quotidien francophone, page dont la rédaction est assurée par Robertine Barry, alias Françoise.

Le  libéralisme de Beaugrand est plus proche de la tradition des Rouges que des idées plus modérées de la direction du parti. Il réclame par exemple l'enseignement obligatoire, gratuit et laïque, ce qui ne manque pas de choquer le clergé catholique. Le directeur de La Patrie se tourne donc  vers la publicité pour lui assurer des revenus qui lui permettent de garder ses distances face au parti libéral. Arthur Buies et Louis Fréchette font parti des collaborateurs de cette époque.

Cependant, la direction du parti n'apprécie pas le radicalisme d'Honoré Beaugrand et en 1897, La Patrie est achetée par Israël Tarte, alors ministre dans le gouvernement de Wildrid Laurier. C'est d'ailleurs le parti qui lui fourni les fonds. Ses fils Eugène et Louis-Joseph Tarte en assure la direction. Ils placent Henri Bourassa à la direction du journal mais ce dernier partira après seulement quelques jours, à la suite d'un différent avec Tarte.

La Patrie devient brièvement un journal conservateur après son achat par le groupe Webster, Lespérance et Fortier en 1825. En 1933, La Patrie devient la propriété de La Presse qui en fait un tabloïd.  À partir de 1957, le journal devient un hebdomadaire publié le dimanche, jusqu'à sa fermeture en 1978.

La Patrie en 1958, BAnQ

L'édifice de la rue Sainte-Catherine qui a longtemps abrité le journal appartient depuis 2007 à l'Église de Scientologie, qui ne l'occupe pas et le laisse à l'abandon.  La secte doit maintenant des milliers de dollars à la ville de Montréal et on parle d'une possible saisie de l'immeuble par les autorités municipales. En espérant que le patrimoine et la mémoire sortent gagnant de ce bras de fer.

Principales sources:
Collection numérique, BAnQ
André Beaulieu et Jean Hamelin, La presse québécoise des origines à nos jours.
Dictionnaire biographique du Canada.

vendredi 17 juillet 2015

L'Action catholique (1907-1973)

L'Action catholique en 1920. BAnQ
L'Action sociale catholique est un journal fondé à Québec en décembre 1907, à l'initiative de l'évêque Mgr Louis-Nazaire Bégin, par les abbés Stanislas-Alfred Lortie et Paul-Eugène Roy, ainsi que l'avocat Adjutor Rivard. Le journal s'inscrit dans mouvement de catholicisme social lancé par l'encyclique Rerum Novarum de 1891 (Léon XIII). Le but de ses fondateurs est d'informer la population en respectant les enseignements de l'Église, tout en combattant les idées véhiculées par les journaux libéraux, tout particulièrement Le Soleil.

Renommé L'Action catholique en 1915, le journal est soutenu financièrement par le clergé, ce qui compense la faiblesse des revenus publicitaires. La direction du journal a en effet de hauts standards moraux quant à ce qui peut être annoncé dans ses pages. L'Action Sociale Ltée (propriétaire du journal jusqu'en 1971) possède une imprimerie qui publient de nombreux manuels scolaires et jouit de contrats gouvernementaux, particulièrement  sous Duplessis. 

Longtemps, L'Action catholique fut le journal préféré des ruraux et des spécialistes de la question agricole y ont contribué. Des chroniques sur l'astronomie, les sciences naturelles et l'enseignement assurèrent son succès auprès des familles et des étudiants.

L'Action catholique en 1962. BAnQ

La Révolution tranquille accélère le déclin du tirage. On tente de le «moderniser» en changeant sa présentation et en le renommant L'Action en 1962 et Action-Québec en 1971, suite à son achat par Jean Pelletier et Claude Roy. Mais le journal n'est plus de son temps et sa publication cesse en 1973.

Principales sources:
  • André Beaulieu et Jean Hamelin, La presse québécoise des origines à nos jours.
  • Collection numérique de BAnQ.
  • Dominique Marquis, «Un nouveau combat pour l’Église : la presse catholique d’information (1907-1940)», dans Études d'histoire religieuse, 2002.