vendredi 10 octobre 2014

La Tribune de Sherbrooke

Résultat de la transformation démographique des Cantons-de-l'Est au début du XXe siècle, La Tribune devient le 21 février 1910 le premier quotidien francophone de la région. Le journal est fondé par Jacob Nicol et Michael A. Foley. Même s'il s'agit de deux Libéraux notoires, on déclare dans le premier
Société d'histoire de Sherbrooke
numéro que La Tribune sera une feuille indépendante* des partis politiques. On annonce aussi que le journal sera fidèle aux idées catholiques, se distinguant ainsi de certains Libéraux plus radicaux, ou «rouges». Son premier rédacteur en chef, Omer Chaput, sera d'ailleurs congédié au bout de quelques mois parce qu'on se rend compte qu'il est adepte de la franc-maçonnerie. En 1910, un abonnement annuel à La Tribune coûte 1,50 $ et l'exemplaire un cent.


BAnQ

Jacob Nicol demeure propriétaire de La Tribune jusqu'en 1955, malgré son entrée en politique active dès 1921.En 1937, Jacob Nicol a fondé la station de radio CHLT, dont le LT représente «La Tribune».

En 1955, il vend La Tribune à Paul Desruisseaux et Alphée Gauthier. Télémédia achète La Tribune en 1966, pour la revendre à Jacques G. Francoeur et Paul Desmarais (Journaux Trans-Canada) en 1967.

MISE À JOUR : Vendu en mars 2015 à Capitales Médias, entreprise appartenant à l'ex-ministre libéral fédéral Martin Cauchon, en même temps que Le Soleil, Le Quotidien, Le Nouvelliste, Le Droit, et La Voix de l’Est.


*Au sujet de l'utilisation du terme «indépendant», il est à noter que son utilisation est fréquente au XIXe siècle dans les textes de fondations des journaux et il ne faut pas le confondre avec «objectivité». Il était alors fréquent qu'un journal annonce qu'il allait défendre les idées libérales ou conservatrices, tout en affirmant qu'il allait demeurer indépendant des partis politiques qui partageaient la même idéologie. Mais la réalité financière des journaux de l'époque avait généralement raison de ce vœux pieux au bout de quelques années, ou plus souvent quelques mois. Les artisans du journal avaient alors le choix entre le fermer ou en faire un organe officiel ou officieux du parti.

dimanche 20 juillet 2014

Le Canadian Illustrated News et L'Opinion publique, journaux illustrés

Au tournant des années 1870, deux nouveaux périodiques se démarquent autant par leur format, l'innovation technologique et le public visé. Le Canadian Illustrated News et L'Opinion publique sont deux journaux illustrés fondés par l’éditeur George-Édouard Desbarats. Ces hebdomadaires à mi-chemin entre le journal et le magazine font la part du roi aux illustrations et présentent des rubriques pour toute la famille, plutôt que de s'adresser uniquement aux hommes politisés.

Leggotypie et photographie grenée.

À la base de ces deux journaux illustrés, deux innovations technologiques, créations du montréalais William Leggo. Tout d'abord, l'associé de Desbarats invente la leggotypie, un procédé qui permet de reproduire dessins et gravures photomécaniquement, en même temps que le texte.

Plus tard, Leggo innove encore en créant  une manière de reproduire plus  fidèlement les photographies, qui sont de plus en plus populaires. L'invention, appelée photographie grenée, permet d'imprimer des photographies sur les presse typographiques. Beaucoup de photographies du fameux William Notman seront ainsi reproduites dans les pages du Canadian Illustrated News et de L'Opinion publique.

Le Canadian Illustrated News


Desbarats fonde d'abord le Canadian Illustrated News, qui sera publié d'octobre 1869 jusqu'à la fin de 1883. Créé deux ans après la Confédération, le journal est distribué à  l'échelle nationale et son éditeur souhaite en faire un véhicule de l'identité du nouveau pays.



L'Opinion publique

Au début de l'année 1870 les lecteurs francophones peuvent à leur tour profiter d'un journal illustré avec la fondation de L'Opinion publique, qui paraît tout d'abord le samedi, puis le jeudi à partir du printemps 1870. Même s'il est arrivé que certaines illustrations du Canadian Illustrated News paraissent aussi dans son pendant francophone, chacun avait sa propre équipe éditoriale.


Louis-Olivier David en est le premier rédacteur en chef. Libéral notoire, sa présence donne au journal la réputation d'être au service du parti. Après son départ en 1873, L'Opinion publique devient un journal familial dans lequel l'accent est mis sur l'histoire et la littérature. Parmi ses collaborateurs les plus notoires on compte Henri-Raymond Casgrain, Benjamin Sulte et Louis Fréchette. Mais la grande figure marquante de L'Opinion publique est sans contredit le dessinateur Henri Julien.

L'album illustré d'une époque

À la fin de 1883 les deux périodiques cessent de paraître, faut de rentabilité. Ensemble, ils totalisent plus de 15 000 illustrations. Encore aujourd'hui, les archives du Canadian Illustrated News et de L'Opinion publique constituent une source iconographique sans pareil pour les éditeurs de livres d'histoire et les muséologues. 

lundi 23 juin 2014

L'Électeur et Le Soleil de Québec

Le journal L'Électeur parait pour la première fois le 15 juillet 1880. En décembre de la même année, Ernest Pacaud prend la direction du journal et il en devient le propriétaire en 1885. Pacaud est l'organisateur politique d'Honoré Mercier et un ami intime de Wilfrid Laurier. L'Électeur est l'organe officiel du parti libéral, tant au fédéral qu'au provincial. Parmi ses collaborateurs on comptera des plumes célèbres comme Arthur Buies et Louis Fréchette.

De l'Électeur au Soleil... en une nuit.


En 1896, alors que L'Électeur tire à 12000 exemplaire (Québec compte 70000 habitants), les conflits entre la feuille libérale et le clergé catholique se multiplient. Le journal appuie les politiques de Laurier dans le dossier des écoles du Manitoba, il accuse le clergé d'ingérence lors des élections et finalement, il publie en feuilleton un ouvrage de Louis-Olivier David qui s'en prend à l'enseignement du cours classique. Le 27 décembre, L'Électeur est officiellement condamné par l'Église et dénoncé en chaire.

Les bonzes du parti libéral se réunissent toute la nuit au Château Frontenac et décident de fonder une nouvelle feuille afin de ne pas mettre leurs lecteurs, presque tous catholiques, dans l'embarras. Le 28 décembre 1896, Le Soleil est publié, avec le même personnel, le même équipement et au même endroit.

Quelques faits marquants du 20e siècle


En 1904, à la mort d'Ernest Pacaud, Wilfrid Laurier dit de son ami qu'il était l'âme du Soleil. Laurier demeure le directeur politique du Soleil jusqu'à sa mort en 1919.

C'est dans Le Soleil, en 1918, que parait la première photographie dans un journal québécois. C'est aussi Le Soleil qui ouvre la première station de radio à Québec, CKCI.

En 1934, Le Soleil congédie son rédacteur en chef, Jean-Charles Harvey, après que son roman Les demi-civilisés ait été mis à l'Index par le Cardinal Villeneuve.

Le Soleil, qui fut longtemps un journal du soir, est publié le matin à partir du 16 septembre 1984.


Propriétaires


En 1903, la propriété du journal passe d'Ernest Pacaud à la Compagnie de Publication Le Soleil Limitée, détenue par Simon-Napoléon Parent, alors député libéral au provincial et maire de Québec. En 1929, le journal est acheté par le libéral Jacob Nicol. En 1948, l'homme d'affaires Oscar Gilbert devient propriétaire du Soleil et de L'Événement, un autre journal de Québec. C'est la fin de l'affiliation directe entre le journal et le Parti libéral.

En 1973, alors que le torchon brûle avec le syndicat des journalistes, Le Soleil est mis en vente. Le gouvernement de Robert Bourassa intervient pour empêcher l'achat du journal par Power Corporation, afin d'éviter une trop grande concentration de la presse. Le journal est vendu au groupe Unimedia dirigé par Jacques Francoeur. En 1987, Le groupe Hollinger dirigé par Conrad Black achète Unimedia et devient ainsi propriétaire du quotidien. Le groupe Gesca achète Le Soleil en 2001.

MISE À JOUR : Vendu en mars 2015 à Capitales Médias, entreprise appartenant à l'ex-ministre libéral fédéral Martin Cauchon, en même temps que La Tribune, Le Quotidien, Le Nouvelliste, Le Droit, et La Voix de l’Est.

Principales sources:

Wikipédia
Les chroniques historiques du journaliste Louis-Guy Lemieux
Fernand Harvey, « La presse périodique à Québec de 1764 à 1940 », Les Cahiers des dix, n° 58, 2004.

lundi 2 juin 2014

Les deux gazettes de Fleury Mesplet

On peut souvent lire ou entendre que le journal The Gazette a été fondé par Fleury Mesplet en 1778. On peut d'ailleurs lire «Since 1778» à côté du titre du seul quotidien anglophone de Montréal. Or, cette affirmation est discutable, puisque que plusieurs auteurs considèrent que Mesplet a en fait fondé deux journaux, un en 1778 et un autre à sa sortie de prison en 1785.

La Gazette du commerce et littéraire

Fleury Mesplet, Français installé d'abord à Philadelphie, est l’imprimeur des lettres que les insurgés américains avaient fait envoyer aux habitants de la «Province of Québec», afin de les persuader de se joindre à la révolution des treize colonies.

En 1778,  Fleury Mesplet fonde la Gazette du commerce et littéraire pour la ville et district de Montréal, premier journal montréalais et le premier journal d'ici publié entièrement en français (la Gazette de Québec étant un journal bilingue). L'avocat Valentin Jautard est recruté comme rédacteur par Mesplet et tous deux écrivent dans le journal sous divers pseudonymes. Adeptes des Lumières, ils en exposent les idées et formulent de nombreuses critiques à l'endroit du gouvernement, tout en montrant de la sympathie pour la cause américaine. Le 4 juin 1779, les presses du journal sont saisies par les autorités britanniques et Mesplet et Jautard sont arrêtés puis emprisonnés. Il s'agit d'un second séjour en prison pour Fleury Mesplet, qui avait été arrêté après le départ de Montréal des révolutionnaires américains en 1776.

La Gazette de Montréal/The Montreal Gazette

Après sa sortie de prison, le 25 août 1785, Fleury Mesplet fonde un périodique bilingue ayant pour titre La
Gazette de Montréal / The Montreal Gazette.  Il le dirigera jusqu'à sa mort en 1794. Le journal passe alors aux mains de l’imprimeur Edward Edwards. C’est en en 1816, alors que le journal appartient à un dénommé James Brown, que la partie française du journal est abandonnée et qu'il est renommé simplement The Gazette.

En 1849, le journal joue un rôle important dans la révolte qui éclate lorsque que la loi d'indemnisation des victimes des rébellions obtient la sanction royale. Les émeutiers mettent le feu au parlement du Canada-Uni, qui était alors à Montréal.

En 1968, le journal est acheté par le groupe Southam, qui est vendu en 1996 par la compagnie Hollinger, de Conrad Black. Les journaux du groupe sont cédés en 2000 au groupe Canwest et finalement, en 2010, le journal est racheté par Postmedia.

Mémoire et patrimoine

Le Prix Fleury-Mesplet, qui sert à souligner le mérite d’une personne, d’un organisme ou d’une compagnie qui, par son action et son dynamisme, a contribué au progrès de l’édition au Québec, est remis par le Salon du livre de Montréal.

On trouve un parc Fleury-Mesplet dans l'arrondissement Ville-Marie, à l'angle des rues Berri et de la Commune, et une rue Mesplet à Ahuntsic-Cartierville. On trouve une place Valentin-Jautard sur le Plateau Mont-Royal, à deux pas du Journal de Montréal.

Principales sources:
Wikipédia
Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française
Jean Hamelin et André Beauclieu, «Aperçu du journalisme québécois d'expression française», 1966.

dimanche 25 mai 2014

Le premier journal: La Gazette de Québec

Pour des raisons sur lesquelles les historiens ne s'entendent pas, il n'y a jamais eu d'imprimerie en Nouvelle-France. L'histoire de la presse écrite au Québec commence donc avec la Conquête anglaise.

La Gazette de Québec / The Quebec Gazette, est un journal bilingue de quatre pages fondé en 1764 par
Thomas Gilmore et William Brown. Originaires de Philadelphie, les deux hommes y ont travaillé pour l'imprimeur William Dunlop, un proche de Benjamin Franklin. Le premier numéro paraît le 21 juin et l'hebdomadaire a alors 143 abonnés. Le journal publie surtout des nouvelles officielles et de la publicité. Grâce à leur neutralité face aux affaires de l'État, les propriétaires obtiennent de lucratifs contrats d'impression d'avis gouvernementaux. Ce sont aussi eux qui impriment les premiers livres de la colonie. Le bilinguisme du journal rend compliqué l'embauche de personnel et on devra aller jusqu'à Philadelphie pour recruter.

En  1873,  la Quebec Gazette fusionne avec le Morning Chronicle et devient the Quebec Chronicle and Quebec Gazette. Ce journal fusionne à nouveau en 1925 avec le Quebec Daily Telegraph et prend en 1934 le nom de The Quebec Chronicle-Telegraph. Le journal est considéré par certains comme le plus ancien d'Amérique du Nord malgré les nombreuses fusions, alors que pour d'autres auteurs, la fusion avec le Morning Chronicle en 1872 représente la fin de la Gazette de Québec.

En 2010, un article du Soleil faisait état de la baisse de popularité du Quebec Chronicle-Telegraph, dû à la ligne éditoriale catholique traditionaliste et pro-vie du journal. 

Principales sources:
Dictionnaire biographique du Canada
Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française
Jean Hamelin et André Beaulieu, «Aperçu du journalisme québécois d'expression française», 1966.