dimanche 27 septembre 2015

Le Franco-Canadien / Le Canada Français

BAnQ
Le journal Le Franco-Canadien est fondé en 1860 par deux notaires, Valfroy Vincelette et Félix-Gabriel Marchand. Leur but est de créer un organe libéral pour la région de Saint-Jean et Iberville. Pierre Cérat et Isaac Bourguignon en sont les imprimeurs-propriétaires. Le journal est alors bi-hebdomadaire  et parait les mardis et les vendredis.

Son premier rédacteur est Charles Laberge, qui sera peu après remplacé par Félix-Gabriel Marchand. Le journal s’oppose alors au projet de Confédération. Marchand sera élu comme député de Saint-Jean en 1867 et il sera Premier Ministre du Québec de 1897 jusqu'à son décès en 1900.

En 1876, un incendie détruit les locaux du journal et une partie de la ville de Saint-Jean. Avec de nouvelles installations, on augmente le format du journal et on incorpore les illustrations.

BAnQ
En 1893, des difficultés financières amènent Isaac Bourguignon à vendre Le Franco-Canadien à Damien Rolland, un conservateur. Le journal passe donc dans le camp adverse. Or,  un acte notarié signé en 1887 stipulait que Le Franco-Canadien devait revenir à Félix-Gabriel Marchand si Bourguignon cessait de le publier.  L’affaire sera portée devant les tribunaux. En attendant, afin de défendre ses idées et de dénoncer l'imposture de son ancienne feuille, Marchand fonde Le Canada Français en 1893.

En 1995,  il obtient gains de cause, ce qui mène à la fusion des deux journaux.  Jusqu'en 1964, Le Canada Français aura pour sous-titre Le Franco-Canadien.  Familièrement, les gens l’appelleront «le Canada».

En 1909 Gabriel Marchand, le fils de Félix-Gabriel, vend le journal à à la compagnie «Le Canada Français Limitée», propriété d’un avocat de Montréal. Arsène Béssette en dévient le rédacteur en chef. En 1918, Louis-Omer Perrier en devient le directeur général et il achètera la publication deux ans plus tard. Bien que libéral, il fait du Canada français un journal à vocation régionale, où les nouvelles locales dominent.

Le journal sera l’un des rares médias québécois à prendre position pour le Oui au référendum de 1980. Il est alors dirigé par Yves Gagnon. Le groupe de presse «Le groupe Canada Français» est fondé en 1992 et réunit cinq hebdomadaires gratuits en Montérégie, en plus du journal original. En août 2011, Médias Transcontinental acquiert «Groupe Le Canada Français».

Principales sources:
- Collection numérique, BAnQ.
- Page Facebook du journal Le Canada Français, section «jalons».
- André Beaulieu et Jean Hamelin, La presse québécoise des origines à nos jours.

jeudi 6 août 2015

La Patrie, 1879-1978

La Patrie en 1879, BAnQ
Le journal La Patrie est fondé à Montréal en février 1879 par Honoré Beaugrand, qui en est le propriétaire et le directeur.  Nouvel organe libéral pour la région montréalaise, La Patrie prend le relais du journal Le National. Beaugrand en assure alors la rédaction an compagnie d'Ernest Tremblay.

De 1885 à 1887, Honoré Beaugrand est aussi maire de Montréal. En 1891, La Patrie innove avec la première page féminine dans un quotidien francophone, page dont la rédaction est assurée par Robertine Barry, alias Françoise.

Le  libéralisme de Beaugrand est plus proche de la tradition des Rouges que des idées plus modérées de la direction du parti. Il réclame par exemple l'enseignement obligatoire, gratuit et laïque, ce qui ne manque pas de choquer le clergé catholique. Le directeur de La Patrie se tourne donc  vers la publicité pour lui assurer des revenus qui lui permettent de garder ses distances face au parti libéral. Arthur Buies et Louis Fréchette font parti des collaborateurs de cette époque.

Cependant, la direction du parti n'apprécie pas le radicalisme d'Honoré Beaugrand et en 1897, La Patrie est achetée par Israël Tarte, alors ministre dans le gouvernement de Wildrid Laurier. C'est d'ailleurs le parti qui lui fourni les fonds. Ses fils Eugène et Louis-Joseph Tarte en assure la direction. Ils placent Henri Bourassa à la direction du journal mais ce dernier partira après seulement quelques jours, à la suite d'un différent avec Tarte.

La Patrie devient brièvement un journal conservateur après son achat par le groupe Webster, Lespérance et Fortier en 1825. En 1933, La Patrie devient la propriété de La Presse qui en fait un tabloïd.  À partir de 1957, le journal devient un hebdomadaire publié le dimanche, jusqu'à sa fermeture en 1978.

La Patrie en 1958, BAnQ

L'édifice de la rue Sainte-Catherine qui a longtemps abrité le journal appartient depuis 2007 à l'Église de Scientologie, qui ne l'occupe pas et le laisse à l'abandon.  La secte doit maintenant des milliers de dollars à la ville de Montréal et on parle d'une possible saisie de l'immeuble par les autorités municipales. En espérant que le patrimoine et la mémoire sortent gagnant de ce bras de fer.

Principales sources:
Collection numérique, BAnQ
André Beaulieu et Jean Hamelin, La presse québécoise des origines à nos jours.
Dictionnaire biographique du Canada.

vendredi 17 juillet 2015

L'Action catholique (1907-1973)

L'Action catholique en 1920. BAnQ
L'Action sociale catholique est un journal fondé à Québec en décembre 1907, à l'initiative de l'évêque Mgr Louis-Nazaire Bégin, par les abbés Stanislas-Alfred Lortie et Paul-Eugène Roy, ainsi que l'avocat Adjutor Rivard. Le journal s'inscrit dans mouvement de catholicisme social lancé par l'encyclique Rerum Novarum de 1891 (Léon XIII). Le but de ses fondateurs est d'informer la population en respectant les enseignements de l'Église, tout en combattant les idées véhiculées par les journaux libéraux, tout particulièrement Le Soleil.

Renommé L'Action catholique en 1915, le journal est soutenu financièrement par le clergé, ce qui compense la faiblesse des revenus publicitaires. La direction du journal a en effet de hauts standards moraux quant à ce qui peut être annoncé dans ses pages. L'Action Sociale Ltée (propriétaire du journal jusqu'en 1971) possède une imprimerie qui publient de nombreux manuels scolaires et jouit de contrats gouvernementaux, particulièrement  sous Duplessis. 

Longtemps, L'Action catholique fut le journal préféré des ruraux et des spécialistes de la question agricole y ont contribué. Des chroniques sur l'astronomie, les sciences naturelles et l'enseignement assurèrent son succès auprès des familles et des étudiants.

L'Action catholique en 1962. BAnQ

La Révolution tranquille accélère le déclin du tirage. On tente de le «moderniser» en changeant sa présentation et en le renommant L'Action en 1962 et Action-Québec en 1971, suite à son achat par Jean Pelletier et Claude Roy. Mais le journal n'est plus de son temps et sa publication cesse en 1973.

Principales sources:
  • André Beaulieu et Jean Hamelin, La presse québécoise des origines à nos jours.
  • Collection numérique de BAnQ.
  • Dominique Marquis, «Un nouveau combat pour l’Église : la presse catholique d’information (1907-1940)», dans Études d'histoire religieuse, 2002.

dimanche 12 juillet 2015

Le Petit Journal (1926-1981)

Le Petit journal en 1926. BAnQ

Le Petit Journal est fondé à Montréal en octobre 1926 à Montréal par les frères par Roger et Roland Maillet.  Il s'agit d'une refonte du journal Le Matin, qui paraissait depuis 1920 et soutenait les Conservateurs. Visant un public populaire et familial, on y trouve des rubriques variées telles que bandes dessinées, pages féminines et nouvelles des vedettes du sport et du cinéma. Les illustrations sont nombreuses et les tires accrocheurs. On y trouve des nouvelles politiques, mais elles sont brèves.


Le Petit Journal en 1945. BAnQ
Dans les mains de la famille Maillet jusqu'en 1964, Le Petit Journal est alors acheté par Jean-Louis Lévesque via la Corporation des valeurs Trans-Canada. De nombreux autres tabloïds, tels Écho-Vedettes et Photo-Vedettes, lui font désormais concurrence. Les propriétaires se succèdent: Jacques Brillant (1966-1968), Paul Desmarais et Jacques Francoeur (1968-1975), Normand-G. Robidoux (1975-1979), puis finalement Gilles Brown, jusqu'à sa fermeture en 1981.
   
Parmi les personnalités connues à avoir écrit dans les Pages du Petit Journal, on trouve Janette Bertrand, Alain Stanké, René Homier-Roy, Lysiane Gagnon, Pierre Bourgault et  Roger FournierJean-Charles Harvey en fut le directeur.


Le Petit Journal en 1968. BAnQ


Principales sources:

André Beaulieu et Jean Hamelin, La presse québécoise des origines à nos jours, volume 6.

Collection numérique de BAnQ.




vendredi 22 mai 2015

Défi ‪#‎375en10‬: Dix grandes personnalités de l'histoire de la presse écrite à Montréal.

Inspirée par l'initiative du Défi #375en10 du conseiller Guillaume Lavoie, j'ai décidé de faire ma propre liste de personnalités montréalaises marquantes en me penchant sur la spécialité de ce blogue, soit l'histoire des journaux. Voici donc ma liste des dix personnalités de l'histoire de la presse écrite à Montréal. Il ne s'agit pas d'une liste des meilleurs journalistes, mais bien de personnes qui ont marqué l'histoire des journaux montréalais.

1. Fleury Mesplet

Originaire de Marseille, Fleury Mesplet passe d'abord par Londres et Philadelphie, où il imprime les lettres que les insurgés américains envoient aux habitants de la «Province of Québec», afin de les persuader de se joindre à leur mouvement d'indépendance. Mesplet arrive à Montréal en 1776, où il fera un premier séjour en prison suite aux retrait des troupes américaines. En 1778,  Il fonde la Gazette du commerce et littéraire pour la ville et district de Montréal, premier journal montréalais et premier journal francophone de la province. Un peu trop sympathique aux idées des Lumières, il est emprisonné avec son rédacteur Valentin Jautard en 1779. Après sa sortie de prison, il fonde en 1785 un nouveau périodique bilingue ayant pour titre La Gazette de Montréal / The Montreal Gazette, l'ancêtre de l'actuel journal The Gazette

2. Ludger Duvernay

Après avoir tenté sa chance dans la presse à Trois-Rivières, Ludger Duvernay devient propriétaire et imprimeur du Journal La Minerve à partir de 1827 (le journal est fondé à la fin de 1826 par Augustin-Norbert Morin). La Minerve est le véhicule des idées des Patriotes et son éditeur est emprisonné à trois reprises pour libelle, soit en 1827, 1832 et 1836.  En 1837, faisant l'objet d'un mandat d'arrestation, Duvernay débute un exil de cinq ans aux États-Unis. À son retour, il refonde La Minerve à l'invitation de Louis-Hypolyte Lafontaine et défend les idées plus modérés des Réformistes. Plus tard, La Minerve devient l'organe politique de l'alliance libérale-conservatrice de George-Étienne Cartier et de John A. Macdonald. Il est le fondateur de la Société Saint-Jean-Baptiste (1843) et de son «ancêtre», la société Aide-toi et le ciel t'aidera (1934). 

3. George-Édouard Desbarats

George-Édouard Desbarats n'a jamais pris la plume mais fut un important imprimeur et un homme d'affaires innovateur. Conjointement avec l'imprimeur William A. Leggo, il dépose en 1864 un brevet  pour l'invention de la leggotypie, un procédé qui permet de reproduire dessins et gravures photomécaniquement, en même temps que le texte. Il fonde ensuite deux journaux où la technique est utilisée, Le Canadian Illustrated News en 1869 et L'Opinion Publique en 1870. Les deux périodiques, qui ont cessé  paraître en 1883, représentent une collection de 15 000 illustrations, encore fréquemment utilisée dans les musées et ouvrages historiques. 

4. Honoré Beaugrand

Après avoir fondé des journaux à Boston puis à Ottawa, ce natif de Lanoraie arrive à Montréal en 1878, où il lance d'abord un journal satirique, Le Farceur. En février 1879, Honoré Beaugrand fonde le journal La Patrie, où il défend un libéralisme plus proche de la tradition des Rouges que des idées plus modérées de Laurier. Il en sera le propriétaire jusqu'en 1897 (La Patrie sera publiée jusqu'en 1978). Auteur de contes, on lui doit d'avoir écrit la version la plus connue de la légende de la Chasse-Galerie. Honoré Beaugrand fut maire de Montréal de 1885 à 1887, où l'on se souvient de lui pour avoir défendu la vaccination obligatoire contre la variole. 

5. Hugh Graham (Lord Atholstan)

Deux journaux montréalais représentent l'archétype de la grande transformation de la presse canadienne au tournant du XXe siècle: La Presse et le Montreal Star. Hugh Graham fonde en 1869 avec George T. Lanigan le Evening Star, qui devient par la suite le Montreal Star, le quotidien le plus vendu au Canada (31000 exemplaire en 1891). Le Montreal Star sera publié jusqu'en 1979. Son soutien à la conscription durant la première guerre mondiale vaut à Graham de recevoir de la couronne britannique le titre de baronnet — il devient lord Atholstan — en 1917.

6. Trefflé Berthiaume

Si le journal La Presse a été fondé en 1884 par le conservateur William-Edmond Blumhart , c'est le libéral Treffé Berthiaume qui en a fit un succès à partir de 1889, en transformant la simple feuille d'opinion en journal d'information moderne. Avec ses nouvelles, faits divers, illustrations et gros titres, La Presse élargit son public et devient le journal le plus vendu à Montréal. Suite à des difficultés financières, Berthiaume vend la presse à David Rusell. Il le rachètera avec l'appui de Wilfrid-Laurier deux ans plus tard. Le journal restera dans les mains de la famille Berthiaume (qui deviendra Berthiaume-Du Tremblay) jusqu'en 1967. 

7. Robertine Barry (1863-1910)
Première femme journaliste canadienne-française. De 1891 à 1900, elle écrit sa «Chronique du lundi » dans La Patrie, sous le pseudonyme de Françoise. Elle participe aussi à la rédaction de la page féminine hebdomadaire du journal, le «Coin de Fanchette», où elle devient la pionnière québécoise des courriers du cœur. Elle fonde ensuite Le journal de Françoise, une revue bimensuelle publiée de 1902 à 1909. Tout au long de sa carrière, Robertine Barry défend la justice sociale, les droits des femmes, la formation professionnelle, le droit à l’éducation  et les bibliothèques publiques.

8. Henri Bourassa (1868-1952)
Petit fils de Louis-Joseph Papineau, Henri Bourassa se fait connaître d'abord comme député fédéral libéral. Opposé à l'impérialisme britannique et prônant un nationalisme canadien, il démissionne en 1899 pour marquer son opposition à la décision de Wilfrid Laurier de faire participer le Canada à la guerre des Boers. Il est député indépendant de Saint-Hyacinthe au provincial quand il fonde en 1910 Le Devoir. Journal de combat, Le Devoir est  à contre-courant de son époque, où la plupart des journaux délaissent l'opinion au profit de l'information. Désirant donner à son journal l'indépendance face au contrôle financier d'un parti ou d'hommes d'affaires, il le dote d'une structure financière unique: son directeur sera l'actionnaire majoritaire de la compagnie qui le possède (L'imprimerie populaire limitée). On a d'ailleurs tendance à associer les différentes étapes de l'histoire du Devoir à ses directeurs, qui auraient presque tous pu figurer dans cette liste. 

9. Pierre Péladeau
Pierre Péladeau débute son aventure dans la presse écrite en fondant des hebdos et des journaux à potins. En juin 1964, profitant d'une grève qui paralyse le journal La Presse, il fonde son premier quotidien, Le journal de Montréal. Même si le tirage chute à la fin de la grève à La Presse, l'homme d'affaires s'accroche et commence à dévoyer des vedettes à ses concurrents, tout particulièrement au Montréal-Matin, qui sera sans doute la plus grande victime du succès de ce nouveau joueur. Sa formule des quatre S (Sexe, sport, sang et spectacle), basée sur une formule populaire en Grande-Bretagne, a non seulement séduit des lecteurs de ses concurrents mais aussi un public qui ne lisait pas encore de quotidiens. Propriétaire d'imprimeries et champion de l'intégration verticale, il fonde Québécor en 1965 pour chapeauter ses entreprises.

10. Lise Bissonnette
Entrée au Devoir en 1974 à l'invitation de Claude Ryan, Lise Bissonnette en sera la rédactrice en chef de 1981 à 1985. Nommée directrice en 1990, elle devient la première femme à diriger un quotidien québécois. En 1993, elle donne au Devoir une nouvelle structure financière qui accueille de nouveau actionnaires, tout en préservant l'indépendance du directeur souhaité par le fondateur Henri Bourassa. On déménage aussi vers de nouveau locaux, rue Bleury. Ses deux éditoriaux les plus célèbres ont porté les titres courts mais éloquents de «Non» en 1992, contre l'accord de Charlottetown et de «Oui», en 1995, en faveur de l'indépendance du Québec. 

Notes:

1. Je suis consciente que la liste contient une grande concentration de personnalités ayant œuvé au XIXe et au début du XXe siècle. Cela correspond à mon sens à l'âge d'or de la presse écrite dans l'histoire des médias québécois. Le XXe siècle a connu de brillantes plumes, mais les grandes innovations se sont plutôt déroulées du côté des nouveaux médias que furent successivement la radio, la télévision et internet. 

2. À ceux qui se demanderaient si l'absence de Paul Demarais et Power Corporation est politique, voici les deux raisons pour lesquelles l'homme d'affaires ne figure pas dans cette liste: 
  1. Ses filiales médiatiques (Trans-Canada, puis Gesca), ont surtout acheté des journaux déjà établis. 
  2. Hormis la propriété de La Presse, je l'associe à l'histoire de la presse écrite au Québec, mais pas particulièrement à Montréal. 

dimanche 17 mai 2015

Le Canadien, 1806-1909

Le premier numéro du Canadien. Source: BAnQ
Le journal Le Canadien est fondé à Québec le 22 novembre 1806 par Pierre-Stanislas Bédard et François Blanchet. Organe de presse du parti Canadien, il est créé dans le but de répondre au Quebec Mercury, le journal de la bourgeoisie britannique. Sa maxime est: Fiat justitia ruat caelum, ce qui signifie: «Que le ciel s'écroule, mais que justice soit faite». Le Canadien connaîtra plusieurs vies, avant de fermer pour de bon en 1909.

Arrestations et fermeture

En 1810, durant l'un des sommets de la crise entre les Tories et le parti Canadien, le gouverneur James Craig décide de s'attaquer au journal, à défaut de pouvoir empêcher le parti qu'il représente de dominer la chambre d'assemblée. Le 17 mars 1810, il fait arrêter l'imprimeur du Canadien, Charles Lefrançois et saisir ses presses. Puis le 19 mars, les rédacteurs Pierre-Stanislas Bédard, François Blanchet et Jean-Thomas Taschereau  sont arrêtés et emprisonnés. Bédard réclame un procès, afin de pouvoir démontrer que son arrestation va à l'encontre du droit britannique. Mais il demeure en prison jusqu'en avril 1811. Sa libération, contrairement à ce qu'il espérait, se passe dans la discrétion et Bédard se retire ensuite de la vie politique.

Le journal connait deux brefs sursauts dans les années qui suivent. Il est tout d'abord relancé par Laurent Bédard, neveu de Pierre-Stanislas, du 14 juin 1817 au 15 décembre 1819. Il est ensuite publié du 19 janvier 1820 au jusqu'en mars 1825, puis quelques semaines en août. Sans support financier, il disparait du paysage jusqu'au début des années 1830.

Étienne Parent

Le journaliste et politicien modéré Étienne Parent relance Le Canadien en 1831, soutenu financièrement par des patriotes de la ville de Québec. Sa nouvelle devise est Nos instituions, notre langue et nos lois. Outre une grande importance accordée aux débats de la chambre, Parent y publie notamment des écrits de La Mennais et Tocqueville.

Étienne Parent. Source: Wikipédia
Le journal n'est pas rentable, mais Parent parvient à le soutenir tant bien que mal grâce à son salaire de fonctionnaire, en cumulant les fonctions de traducteur, officier de loi et  bibliothécaire à l'Assemblée du Bas-Canada. Toutefois, en 1838, il est emprisonné et rayé de la fonction publique, malgré des appels à la modération qui lui valent le désaveu des Patriotes plus radicaux de Montréal. Il continuera à publier des articles rédigés en prison et glissés dans des tartes apportés par un complice! Parent quittera Le Canadien pour de bon en 1842. Son associé, Jean-Baptiste Fréchette, demeure propriétaire du journal jusqu'en 1846.


Un journal modéré et même conservateur

Le Canadien connaitra dans la seconde moitié du 19e siècle des période libérales modérées, puis conservatrices. Hector-Louis Langevin en est le directeur politique de 1872 à 1875, tandis que Lucien Turcotte en assure la rédaction. Joseph-Israël Tarte en devient le rédacteur en chef en 1874 et en sera le propriétaire de 1875 à 1893. En 1891, il déménage Le Canadien à Montréal et en fait un journal du soir. Fermé en 1893, sa publication reprendra brièvement 1906 pour cesser définitivement en 1909.

Le Canadien en 1909. Source: BAnQ

Principales sources:
André Beaulieu et Jean Hamelin:  La presse québécoise des origines à nos jours.
Maurice Lemire, directeur: La vie littéraire au Québec, tome II, 1806-1839.
Wikipédia: Pierre-Stanislas Bédard et Le Canadien.

samedi 14 février 2015

Le Devoir

Le Devoir, 10 janvier 1910
Fondé en 1910 par Henri Bourassa, Le Devoir est un journal de combat à contre-courant de son époque, où la plupart des journaux délaissent l'opinion au profit de l'information, plus propice à la vente de publicité.   L'intention principale de son fondateur est de prôner le nationalisme canadien contre l'impérialisme britannique. Henri Bourassa s'entoure dès le départ de journalistes brillants dont Olivar Asselin, Jules Fournier, Omer Héroux et Georges Pelletier.




Henri Bourassa

Bibliothèque et Archives Canada
Pour comprendre les premières années du Devoir, il faut nécessairement s'arrêter à certains moments de la carrière de son fondateur. En 1899, Bourassa avait démissionné de son poste de député fédéral, car il était en désaccord avec la décision de Wilfrid Laurier de participer aux côtés de la Grande-Bretagne à la Guerre des Boers. Il s'était fait réélire comme indépendant dès l'année suivante, puis était passé en politique provinciale en 1907. Il est d'ailleurs toujours député de Saint-Hyacinthe lorsqu'il fonde Le Devoir. Il quitte temporairement la politique active en 1912, mais reprendra du service comme député fédéral de Labelle en 1925.  Bien que de moins en moins actif au Devoir, il en demeure officiellement le directeur jusqu'au 3 août 1932. On peut donc constater qu'à l'époque d'Henri Bourassa, le concept de journal indépendant n'est pas incompatible avec une carrière politique.

Indépendance et propriété du journal

En fait, c'est plutôt l'indépendance financière du journal qui  préoccupe son fondateur. Il tient à préserver le journal du contrôle d'une entreprise ou d'un parti et à éviter son transfert par vente ou héritage. Un an avant la fondation du journal, on crée une société appelée La publicité qui fait appel à des souscripteurs pour financer le projet. En 1913, faisant face à un déficit, on réorganise le  journal et fonde l'Imprimerie populaire limitée. La compagnie laisse à Bourassa la pleine autonomie sur les orientations du journal.

En 1928, on crée un système de fiducie où sont déposées les actions du directeur, qui sera désormais toujours actionnaire majoritaire. Par contre, il ne peut disposer de ses actions à sa guise. Le directeur est nommé par le conseil d'administration de l'Imprimerie populaire limitée qui lui confie son bloc d'actions.

Bâtiment du journal « Le Devoir », rue Saint-Vincent, Montréal, QC, vers 1910
 © Musée McCord


En 1993, sous la gouverne de Lise Bissonnette  on procède à une transformation de la structure financière du Devoir. Désormais, le journal est publié par  Le Devoir inc., une nouvelle structure qui accueille de nouveaux actionnaires, dont le Fonds de solidarité FTQ, le Mouvement Desjardins, des lecteurs et des employés. L'Imprimerie populaire limitée, est toujours l'actionnaire majoritaire du journal.

Un des résultats de ce système de propriété est que plus que pour tout autre journal, on associe les différentes étapes de l'histoire du Devoir à ses directeurs. On parlera par exemple de l'époque de Georges Pelletier, Gérard Filion. Claude Ryan ou Lise Bissonnette.

Tentative de contrôle de l'Union nationale

Dans les années 1940, avant de faire l'achat du Montréal-Matin, le parti de Maurice Duplessis aurait commencé à «placer ses hommes» sur le conseil d'administration du Devoir. L'objectif est de faire en sorte qu'un unioniste devienne directeur à la mort de Gérard Pelletier. Mais, notamment grâce aux actions de l'avocat Jacques Perreault qui est alors président du conseil, c'est plutôt Gérard Filion qui lui succèdera.


Les directeurs du Devoir:

1910-1932 : Henri Bourassa
1932-1947 : Georges Pelletier
1947-1964 : Gérard Filion
1964-1978 : Claude Ryan
1978-1981 : Michel Roy
1981-1986 : Jean-Louis Roy
1986-1990 : Benoît Lauzière
1990-1998 : Lise Bissonnette
1999-2015 : Bernard Descôteaux
2015 -        : Brian Myles

Principales sources:

Gilles Paré, Le Devoir, une historique
Wikipédia, Henri Bourassa
Dominique Marquis, Le Devoir: un produit unique
Mathieu Noël, Le Montréal-Matin (1930-1978). Un journal d'information populaire, Thèse de doctorat de l'Université du Québec à Montréal.